"Le plus illustre des Français" Général de brigade au moment de la défaite des armées françaises en 1940, Charles de Gaulle (1890-1970) part pour l'Angleterre d'où il lance, le 18 juin, son fameux appel à la résistance contre l'occupation allemande. "Chef des Français libres", il organise la participation de la France à la victoire et, de 1944 à 1946, est à la tête du Gouvernement Provisoire. Il retrouve le pouvoir le Ier juin 1958 et fait approuver une nouvelle Constitution qui fonde la Vème République : il en devient le premier président jusqu'à sa démission en 1969.
Une certaine idée de la France Dans ses Mémoires d'Espoir, le général de Gaulle évoque pas moins de quarante fois le château de Versailles. Pétri d'Histoire, il apprécie dans la monarchie non ses fastes, mais ses accomplissements. A propos de Versailles, il confie à André Malraux : "Versailles, il fallait le faire, ne marchandons pas la grandeur". Homme d'Etat, il assume tout de la France, ses rois comme ses régicides, ses monarchistes comme ses révolutionnaires ; par là, il rejoint l'esprit qui avait inspiré la création du musée d'histoire de France.
Versailles "excessif" Au moment de son accession à la Présidence, le général estimant le palais de l'Elysée inadapté à la fonction, ses collaborateurs suggèrent les Invalides, le Louvre, Vincennes... Versailles, De Gaulle lui-même l'évoque avec humour : "excessif". Cependant il inaugure les grandes soirées données à Versailles avec dîner dans la galerie des Glaces et représentation à l'Opéra, avec robes longues, habits et grands uniformes. Nikita Khrouchtchev en 1960, John Fitzgerald Kennedy en 1961, Hassan II du Maroc en 1963 eurent ainsi les honneurs de Versailles.
Les hôtes de Trianon De 1962 à 1966, André Malraux, l'ami écrivain alors ministre de la Culture, engage la restauration complète du Grand Trianon, aménageant l'aile gauche pour les hôtes d'honneur de la République et réservant l'aile de Trianon-sous-bois au chef de l'Etat français. Dès lors, le général accueille plus volontiers ses hôtes prestigieux à Trianon qu'à l'Elysée, autrefois demeure parisienne de madame de Pompadour, disant que "la demeure d'une reine semble plus digne que celle d'une favorite", remarque plus plaisante que rigoureusement historique. Le dernier à y séjourner est le président Richard Nixon en mars 1969, un mois seulement avant la démission du général de Gaulle.
Versailles, palais national Par la suite, à l'occasion de réceptions brillantes, la vocation de Versailles comme palais national à la disposition de la présidence de la République, continue à être affirmée, ainsi que l'usage exclusivement présidentiel de la galerie des Glaces. Trianon accueille les présidents Brejnev (1971), la reine Elisabeth II (1972), le Shah d'Iran (1974). En juin 1982, le président François Mitterrand réunit, pour le G 7 sommet des pays industrialisés, Margaret Thatcher, Helmut Schmitt, Ronald Reagan... Mikhaïl Gorbatchev et Boris Eltsine sont reçus en 1985 et en 1992. Par ailleurs, depuis la fondation de la IIIème République et l'époque de Thiers, le Congrès du Parlement se tient à Versailles, dans une salle construite à cet effet dans l'aile du Midi. C'est là que de 1879 à 1953, les présidents de la République ont été élus par les députés et les sénateurs. Aujourd'hui, le Congrès se réunit encore pour voter les réformes de la Constitution : le déplacement à Versailles souligne symboliquement la solennité de l'acte.